
Durant la seconde guerre mondiale, les soviétiques dressèrent des chiens antitanks. Harnachés d'une mine, les canidés avaient pour tâche de se glisser sous le char ennemi et de le faire exploser. Le système ne fonctionna pas très bien car les chiens avaient tendance à revenir trop tôt auprès de leurs maîtres.
En 1943, le docteur Louis Feiser imagina de lancer à l'assaut des navires japonais des chauves-souris équipées de bombes incendiaires miniaturisées. Elles auraient été la réponse des Alliés aux kamikazes nippons. Mais, après Hiroshima, ces armes devinrent obsolètes.
En 1944, les Britanniques conçurent, de même, le projet de se servir de chats pour piloter de petits avions bourrés d'explosifs. Ils pensaient que les félins, craignant l'eau, feraient tout pour orienter leur engin vers un porte-avions. Il n'en fut rien.
Pendant la guerre du Viêt-nam, les Américains essayèrent de se servir de pigeons et de vautours pour expédier des bombes sur le Viêt-cong. Echec encore.
Durant la guerre froide, la CIA se livra à des expériences destinées à marquer les suspects en filature avec l'hormone de cafard femelle, le péripalone B. Cette substance est si excitante pour un cafard mâle qu'il arrive à la détecter et la rejoindre sur plusieurs kilomètres.
En 1120, pour les punir des dégâts qu'ils causaient dans les champs, l'évêque de Laon et le grand vicaire de Valence excommunièrent des chenilles et des mulots.
Les archives de la justice de Savigny contiennent les minutes du procès d'une truie, responsable de la mort d'un enfant de cinq ans. La truie avait été retrouvée sur les lieux du crime en compagnie de six porcelets aux groins encore couverts de sang. Etaient-ils complices ? La truie fut pendue par les pattes arrières, en place publique, jusqu'à ce que mort s'ensuive. Quant à ses petits, ils furent placés en garde surveillée chez un paysan.
Comme ils ne présentaient pas de comportements agressifs, on les laissa grandir pour les manger à l'âge adulte.
En 1474, à Bâle, en Suisse, on assista au procès d'une poule, accusée de sorcellerie pour avoir pondu un œuf ne contenant pas de jaune. La poule eut droit à un avocat qui plaida l'acte involontaire, en vain. La poule fut condamnée au bûcher. Ce ne fut qu'en 1710 qu'un chercheur découvrit que la ponte d'œufs sans jaune était la conséquence d'une maladie. Le procès ne fut pas révisé pour autant.
En Italie, en 1519, un paysan entame un procès contre une bande de taupes ravageuses. Leur avocat, particulièrement éloquent, parvint à démontrer que ces taupes étaient très jeunes, donc irresponsables, et que, de surcroît, elles étaient utiles aux paysans puisqu'elles se nourrissaient des insectes qui détruisaient leurs récoltes. La sentence de mort fut donc commuée en bannissement à vie du champ du plaideur.
En Angleterre, en 1662, James Potter, accusé d'actes fréquents de sodomie sur ses animaux familiers, fut condamné à la décapitation mais ses juges, considérant ses victimes comme autant de complices, infligèrent la même peine à une vache, deux truies, deux génisses et trois brebis.
En 1924, en Pennsylvanie, un labrador mâle du nom de Pep fut condamné à la prison à vie pour avoir tué le chat du gouverneur. Il fut écroué, sous matricule, dans un pénitencier où il mourut de vieillesse, six ans plus tard.
Le seul cas d'humour animal recensé dans les annales scientifiques a été rapporté par Jim Anderson, primatologue à l'université de Strasbourg. Ce scientifique a consigné le cas de Koko, un gorille initié au langage gestuel des sourds muets.
Un expérimentateur lui demandant un jour de quelle couleur était une serviette blanche, il fit le geste signifiant "rouge". L'expérimentateur répéta devant les yeux du singe, obtint la même réponse et ne comprit pas pourquoi Koko s'obstinait dans son erreur. L'humain commençant à perdre patience, le gorille s'empara de la serviette et lui montra le petit ourlet rouge tissé sur son rebord. Il présenta alors ce que les primatologues appellent "la mimique du jeu", c'est à dire un rictus, babines retroussées, dents de devant exhibées, yeux écarquillés. Peut être s'agissait-il d'humour.
Synchronicité : une expérience scientifique réalisée simultanément en 1901 dans plusieurs pays démontra que par rapport à une série de tests d'intelligence donnés, les souris méritaient une note de 6/20.
Reprise en 1965, dans les mêmes pays et avec exactement les mêmes tests, l'expérience accorda aux souris une moyenne de 8/20.
Les zones géographiques n'avaient rien à voir avec ce phénomène. Les souris européennes n'étaient ni plus ni moins intelligentes que les souris américaines, africaines, australiennes ou asiatiques. Sur tous les continents, toutes les souris de 1965 avaient obtenu une meilleure note que leurs aïeules de 1901. Sur toute la Terre, elles avaient progressé. C'était comme s'il existait une intelligence "souris" planétaire qui se serait améliorée au fil des ans.
Chez les humains, on a constaté que certaines inventions avaient étés mises au point simultanément en Chine, aux Indes et en Europe : le feu, la poudre, le tissage, par exemple. De nos jours encore, des découvertes s'effectuent au même moment sur plusieurs points du globe et dans des périodes restreintes.
Tout laisse à penser que certaines idées flottent dans l'air, au-delà de l'atmosphère, et que ceux dotés de la capacité de les saisir contribuent à améliorer le niveau de savoir global de l'espèce.
Je me lie d'amitié passionnée avec le saint-bernard du patron. Il a des yeux d'alcoolique injectés de sang. Sa
physionomie poilue d'une tristesse incurable me plait. Je lui fais une place dans mon lit.
Un après-midi où nous sommes seuls, voulant me montrer son amitié, il se met debout sur ses pattes de derrière,
s'appuie sur moi. Je tombe en arrière et les griffes du chien me labourent la figure. N'y voyant plus que de l'oeil
gauche, le visage en sang, j'appelle. On vient, on s'empare du chien comme d'un galérien en rupture de ban. On le
frappe malgré mes protestations et, enfin, on le juge. Reconnu coupable par un jury de serveuses, de cuisiniers et
de bourgeois repliés, on le condamne à mort. Malgré mes cris, son maître l'abat devant moi, dans la cour de l'hôtel.
Quelques nuits plus tard, ce ne sont pas des coups de feu qui m'arrachent à mon premier sommeil mais des cris qui
n'ont rien d'humains. Les hurlements encerclent la maison de manière dansante, s'éloignant et se rapprochant sur
un rythme insaisissable.
La folie qui nous environne est telle, qu'oubliant toute prudence, les hommes présents dans la maison sortent avec
leurs armes. Il pleut, il vente et l'obscurité est totale. Dès que l'on approche des zones de hurlements, l'ennemi
semble fuir... Il faut attendre l'aube pour découvrir qu'on a saigné et mutilé horriblement des centaines de moutons
qui sont parqués dans les champs autour de la maison. Certaines bêtes vivent encore, bien qu'à demi dévorées.
Une enquête est ouverte, les bruits les plus inquiétants circulent au village. On parle d'acte de démence et même
d'une horde de loups. Les nuits suivantes, les attaques contre les bêtes reprennent dans les environs. Un groupe de
fermiers finissent pas se saisir de deux coupables. Les autres prennent la fuite. Ces criminels sont une bande de
chiens de ferme remarquablement organisés en commando, et chez qui l'instinct premier de la chasse et de la survie a
engendré une malignité qu'on ne connaît qu'à l'homme. Ces animaux affamés, privés de viande depuis deux ans, restent
des compagnons dociles le jour et redeviennent sauvages la nuit tombée. Groupés autour d'un chef, Pitaine, le berger
allemand de notre fermier, ils opèrent en nombre à la faveur de l'obscurité.
Instantanément, dans un rayon de vingt kilomètres, tous les chiens qui ne vivent pas à la chaîne sont reconnus
coupables. Pour préserver ce qu'il leur reste de veaux et de brebis, les paysans les exterminent. Comme ils n'ont
plus de fusils, ils les assomment, ils les pendent à des arbres, ils les jettent dans les mares avec d'énormes pierres
accrochées au cou ou, même, ils les égorgent, les font cuire et les mangent.
Le malheur rend bon. La misère rend méchant. Tous ces paysans vivent mal. Il n'est pas de famille qui n'ait un fils
prisonnier ou dans le maquis. On leur saisit leur récolte, on réquisitionne leurs bestiaux. Alors, pendant une semaine,
ils se vengent sur leurs chiens. Pas un n'en réchappera.